Méditation de 4e dimanche ordinaire
Les Béatitudes :
« Voyant les foules, il gravit la montagne, et quand il fut assis, prenant la parole il enseignait». Ces mots d’introduction revêtent une solennité particulière. Montagne, lieu cosmique où la terre et le ciel communiquent. La montagne est aussi le lieu privilégié de la rencontre de l’homme avec Dieu. L’enseignement est l’une des trois composantes du ministère du Christ : prêcher, enseigner et guérir. On peut donc considérer chacune de ses paroles, avec ses exigences, comme nous étant directement et personnellement adressée. Le bonheur est l’expression de la joie eschatologique, c’est-à-dire que ce bonheur est paradisiaque que l’on retrouvera quand Dieu instaurera définitivement son Règne dans le monde. Le bonheur n’est ni une donnée sensible à l’expérience, ni une douce résignation aux aléas de la vie. Il est promis et communiqué par le Christ à ceux qui l’écoutent avec foi malgré la dure réalité présente.
En employant le terme « heureux » pour l’appliquer à des situations quotidiennes souvent désespérées : pauvreté, faim, peine, persécution, Jésus veut affirmer que la joie définitive est déjà là, rabougrie peut-être, tapie derrière le malheur, timide, anonyme, mais déjà là quand même, comme force explosive, au cœur des situations qui apparaissent comme des échecs. On peut être riche aux yeux du monde, mais pauvre et vide devant Dieu, pauvre aux yeux du monde et riche pour Dieu. Les situations humaines les plus extrêmes ne sont jamais sans issue parce que l’homme porte en lui-même quelqu’un de plus fort. En rapportant un enseignement qui énonce les conditions d’accès au Royaume, l’évangile de ce dimanche montre aux chrétiens comment ces exigences trouveront leur application concrète dans leur vie. Les Béatitudes constituent un message d’espérance. Cette espérance n’est pas une évasion hors du réel. Le présent tire son sens de l’avenir dont il porte la promesse. Les contraintes et les exigences du moment présent sont précisément des points d’où jaillit la joyeuse espérance qui transfigure l’existence du croyant.
Les Béatitudes nous ont été tellement répétées, rabâchées, qu’elles ont pu devenir un ronronnement assoupissant. Lorsqu’on leur prête une oreille attentive, elles peuvent déconcerter au point de scandaliser. Et pourtant, elles nous mettent en état de dépendance par rapport à l’Esprit Saint pour qu’il vienne en nous, pour que nous vivions sous son souffle. La pratique des Béatitudes engendre toujours une signification inédite, signification à la fois actuelle et à venir. Leurs fruits surviendront si nous pratiquons ce qui a jailli du sermon sur la montagne, spécialement des Béatitudes.
Bon dimanche à tous !
P. Thomas MBAYE















