La trahison et la mort de Judas
Il est humainement difficile de comprendre ce qui a pu se passer en Judas. Sa figure a fait, tout au long de l’histoire, l’objet de nombreuses théories. Ce n’est pas comme un souhait de malheur qu’il faut comprendre ce verset 24 du chapitre 26 de Matthieu qui parle de la trahison et de la mort de Judas. Comprenons-le plutôt comme une constatation attristée du malheur dans lequel le traitre s’est précipité. Judas est déjà trop enfoncé dans le mal pour pouvoir s’en dégager. Il pose d’abord la question de son salaire et il reçoit immédiatement trente pièces d’argent. Le soir venu, Jésus était à table avec les Douze et pendant qu’ils mangeaient, il dit : « En vérité je vous le dis, l’un de vous me livrera.» Forts attristés, ils se mirent chacun à lui dire : Serait-ce moi, Seigneur ? » Judas pose la même question que les autres mais pas de la même manière . Il appelle Jésus « Rabbi » : « Serait-ce moi, Rabbi ? », alors que les autres l’appellent Seigneur. Les autres apôtres ne seront que des témoins étonnés et inquiets des déclarations de leur Maître. Ils sont oppressés par le sentiment qu’un malheur se prépare. Jésus veut laisser à Judas la possibilité de revenir sur sa décision, mais jusqu’au baiser de trahison, il n’a pas reculé.
Judas se rendra compte plus tard qu’il a livré un sang innocent et ce, pour un prix dérisoire. Alors, voyant que celui qu’il avait livré avait été condamné, il fut pris de remords et rapporta les trente pièces d’argent aux grands prêtres et aux anciens. « J’ai péché, dit-il, en livrant un sang innocent. » Mais c’est avec un cynisme méprisant que les grands prêtres lancent à la face de Judas : « À toi de voir ». Ce qui peut s’expliquer par : il n’y a pas de solidarité dans le péché, chacun s’y trouve infiniment seul. Cette solitude profonde ne trouve plus qu’une issue : la mort librement choisie. C’est ainsi que Judas s’engage dans un mouvement de fuite en avant que personne ne pourra arrêter : il jette les pièces dans le sanctuaire et s’en alla se pendre. Il est devenu par ce geste, le premier mort dans le récit de la passion du Christ. Il est aussi la dernière victime de la toute-puissance du péché, avant qu’elle ne soit vaincue par la mort de Jésus.
Il est évident que Judas n’était plus tranquille depuis l’arrestation de son Maître. Lorsqu’il apprend sa condamnation, il fut brusquement saisi par le remords. Ce remords n’est pas à confondre avec le repentir ou la conversion. La repentance ou la conversion est toujours un retour en grâce, sur la base d’une offre du salut. Ce qui n’est pas le cas ici. Le traître se rend compte qu’il a mal fait, mais il ne recourt pas à la miséricorde de Dieu : le péché le conduit à la mort. Ainsi, lorsque les disciples reviendront en Galilée, après leur dispersion, ils seront désormais appelés les Onze.
Jésus ne se laisse pas surprendre par ce temps d’épreuve. Il l’attend et même le provoque quand son moment est arrivé. Jésus est tout entier préoccupé par la Pâque du Fils de l’homme qui est livré, c’est-à-dire du passage de l’Exode qu’il doit lui-même faire à travers les eaux de la mort. La route de Jésus est clairement déterminée par la volonté du Père, mais la culpabilité humaine qui est l’instrument du mal n’en est pas supprimée pour autant. Cette culpabilité humaine et la décision divine sont mystérieusement confondues. Lorsqu’on fixe un seul aspect, il semble que l’on ne puisse plus saisir l’autre. Les pensées de Dieu sont toujours plus grandes que les pensées des hommes ; le mystère de l’homme et de ses actes est toujours plus grand que ce qu’il peut comprendre par lui-même.
Bonne Semaine Sainte !
P. Thomas MBAYE















