Communauté des paroisses
St Jean-Paul II du Ribéral

Le silence de Jésus

Posté le 28 mars 2026

Jésus était un remarquable enseignant. Ses paroles, confirmées par ses actes, ont changé un nombre incalculable de vies, et continuent de le faire jusqu’à nos jours. Son enseignement a eu un impact inégalé sur l’humanité. Ses paroles consignés dans les Évangiles ont modelé la vie des milliards de gens : « Jamais un homme n’a parlé comme cet homme » Toutefois, toute l’existence de Jésus fut imprégnée aussi de silence. Ce fut la grande loi de sa vie cachée comme de sa vie publique. Jésus prononça plusieurs paroles, mais l’Évangile n’a pas souvent souligné les occasions où il préféra se taire. Les silences de Jésus sont des « paroles » aussi importantes que son enseignement. Le silence le plus éloquent de Jésus est sans contredit celui qu’il garda durant son procès. Au cours de sa Passion, nous voyons ce silence de Jésus devenir vraiment héroïque et avoir pour nous valeur de leçon. Il y eut alors des circonstances uniques où il aurait pu, et même, nous semble-t-il, où il aurait dû parler : il a jugé bon de ne pas le faire. Et pour que ce fait n’échappe pas à notre attention, les Évangélistes se sont appliqués alors à le souligner.

Sur tout ce drame qui se déroule depuis l’arrestation de Jésus jusqu’à son dernier soupir planent ces trois mots significatifs : « Mais Jésus se taisait ». À se représenter l’une après l’autre les différentes phases de la Passion et chacune de ses souffrances : l’arrestation, l’agonie, la flagellation, le couronnement d’épines, les soufflets, le portement de la croix, la montée au Calvaire, le crucifiement, l’on en vient à résumer l’attitude du Sauveur par ces simples mots : « Mais Jésus se taisait ». Les évangélistes et les Actes des Apôtres ont fortement souligné ce trait caractéristique du Serviteur Souffrant. (Cf. Mt 26,63 ; Mc 14,61 ; Ac 8,32). Longtemps à l’avance le prophète Isaïe avait caractérisé l’attitude du Messie : silence, douceur : affreusement traité, il s’humiliait, il n’ouvrait pas la bouche. Comme un agneau conduit à la boucherie, comme devant les tondeurs une brebis muette et n’ouvrant pas la bouche » (Is 53,7).

Les ennemis de Jésus épuisèrent à son sujet tout le vocabulaire des injures et des outrages possibles : débauché, séducteur, viveur, blasphémateur, ami des pécheurs, chef de parti, possédé du démon, profanateur du sabbat, ennemi de l’ordre public, menace pour la nation juive, impie, scélérat, imposteur, criminel, insensé, malfaiteur… il a été raillé, insulté, bafoué, garrotté, souffleté, flagellé et, comme suprême humiliation, on le crucifie entre deux voleurs. Or quelle est l’attitude de Jésus en face de tous ces affronts ? Il garde le silence.

Combien de fois il eût pu parler, s’expliquer, se justifier, ou même d’un seul mot écraser ses adversaires. Il ne l’a pas fait. Son silence devenait alors des plus éloquents. Laissant à son Père la sauvegarde de sa réputation et pour réaliser sa mission de salut il garde le silence, assuré que ce silence serait préférable à tout explication et toute justification. Voilà pourquoi les évangélistes, guidés par l’Esprit-Saint, ont eu soin de souligner ce silence de Jésus devant les accusations et les faux témoignages portés contre lui ainsi que durant les tourments qu’il eut à subir. Mais Jésus se taisait ». (Cf. Mt 26,63 ; Mc 14,61 ; Ac 8,32).

Silence devant le Sanhédrin : « Or les princes des prêtres et tout le Sanhédrin cherchaient un témoignage contre Jésus pour le faire mourir, et ils n’en trouvaient point […] Alors le grand prêtre se leva au milieu de l’assemblée et interrogea Jésus, disant : Tu ne réponds rien ? Qu’est-ce donc que ce grief que ces hommes portent contre toi ? Mais lui se taisait et ne répondait rien ». (Cf. Mc 14,53-63).

Silence devant Pilate : « Et comme les Princes des prêtres et les Anciens l’accusaient, il ne répondit rien. Alors Pilate lui dit : N’entends-tu pas de combien de choses ils t’accusent ? Mais il ne lui répondit sur aucun point, de sorte que le gouverneur était fort étonné ». (Mt27,12-14).

Silence devant Hérode : « À la vue de Jésus, Hérode fut tout joyeux ; car depuis longtemps il désirait le voir et il espérait voir Jésus faire quelque miracle. Il l’interrogea donc avec fortes paroles, mais il ne lui répondit rien ». (Luc 23,8-10).

Cependant, au lieu de susciter de l’admiration, le silence de Jésus était encore mal interprété. On le prit pour un simple d’esprit. On l’a revêtu d’une robe de dérision ! Puis, après s’être moqué de lui, on le renvoie à Pilate ; c’est dans cet accoutrement que notre Sauveur traverse la ville. Quelle humiliation ! « Mais Jésus se taisait ». La Passion de Jésus s’est donc déroulée toute entière dans le silence, si l’on excepte quelques rares circonstances où, pour des motifs jugés par lui nécessaires, il daigna laisser tomber de ses lèvres quelques mots à peine, remplis de sagesse et de discrétion. Si le Christ prononce quelques paroles sur la croix, il est surtout silence. Ce silence devient une Parole bouleversante mais rédemptrice. Dieu dit tout quand il se tait pour mourir ! et c’est ainsi qu’il sauve l’humanité.

Pourquoi ce silence ?

Comment expliquer cette conduite du Seigneur Jésus ? on peut en présumer plusieurs raisons. Bornons-nous à celle-ci : nous donner l’exemple. Jésus voulait devenir pour nous un modèle parfait. C’est dans ce but qu’il s’est astreint au silence devant la souffrance. Aussi, après avoir présenté Jésus comme le grand modèle de la souffrance chrétienne, saint Pierre, s’inspirant d’Isaïe (53,22) souligne cet aspect de sa Passion et nous invite à l’imiter : « Le Christ a souffert pour vous, vous laissant un exemple pour que vous suiviez ses traces. Lui qui, outragé, n’a pas rendu l’outrage ; qui, maltraité, n’a pas fait de menaces, mais s’en remettait à Celui qui juge avec justice ». (1 P 2,21-23).

En contemplant Jésus dans sa passion nous voyons que le silence est le meilleur moyen de répondre aux injures, aux calomnies et aux fausses accusations dont nous pourrions être l’objet. Sachons ne pas opposer injure à injure, calomnie à calomnie, outrage à outrage ; ce que le démon ne manque pas de nous suggérer dans ces circonstances. Ne rien répondre qui nous blesse, nous abandonner en silence à la volonté du Père, est une réponse sublime à ses yeux et des plus déconcertantes pour ceux qui nous veulent du tort.

Tout supporter avec patience et remettre sa réputation entre les mais de « Celui qui juge avec justice » fut l’attitude de Jésus. Pourquoi ne serait-elle pas la nôtre ? Dieu n’abandonne jamais ceux qui se confient à sa Providence. Si nous avons conscience d’avoir fait notre devoir « laissons parler » et demeurons en paix. À ceux qui nous font du tort rendons le bien pour le mal, et rappelons-nous que Jésus a prié pour ses persécuteurs.

À l’école de Jésus, nous apprendrons à garder silence : ce silence favorisera notre intimité avec Dieu. Garder le silence sera souvent le seul moyen de conserver la charité et la paix. Se justifier, s’excuser n’arrange rien et parfois gâte tout. Le silence, au contraire, fait de soumission amoureuse et d’abandon confiant à la volonté du Père, contribue efficacement à notre salut personnel et au salut du monde. Si les circonstances nous obligent à parler, sachons user de modération, nous limitant à ce qui est nécessaire. Sachons recourir à Jésus, pas pour avoir la grâce de mourir sur une croix, mais pour avoir le courage de vivre son silence. Un proverbe africain dit : « l’océan est profond mais silencieux, alors que la ruisseau est bruyant mais s’évapore vite ».

Bonne méditation !

P. Thomas MBAYE